• J'ai envie de vous faire découvrir  une dentelle particulièrement chère à mon coeur,

    une dentelle tunisienne à l'aiguille qu'on appelle

    Chebka.




    De la Chebka telle qu'elle était avant le protectorat français, on ne sait pas grand chose  hélas ...



    à part que c'était une dentelle uniquement  linéaire, du type entre-deux.

    Et qu'elle était utilisée pour orner les vêtements et  le linge des belles citadines : chemises, cols, mouchoirs, etc

    Sur ce costume de Monastir, on voit la chemise blanche ornée d'un plastron en chebka
    (les manches par contre sont en tulle brodé).













    Les femmes travaillaient cette dentelle sur un métier en forme de coussin allongé, sur lequel elles fixaient les deux pièces d'étoffes qui devaient être jointes,  
    et elles travaillaient directement l'entre deux en s'accrochant aux deux lisières. 



    En Tunisie comme ailleurs, à la fin XIXème, début XXème, les prix tellement attractifs des dentelles mécaniques vont entraîner le déclin de la dentelle locale.

    Mais sous le protectorat français, dès le début du XXème, à l'instar de ce qui se faisait en France et en Belgique  pour sauver l'industrie dentellière, en Tunisie aussi des groupes de femmes et des institutions religieuses vont essayer de faire revivre cet art.

    C'est ainsi que vont naître des écoles et des ouvroirs, notamment à Bizerte, à Tunis et Carthage.



    Dans ces ouvroirs, on va essayer de retrouver les techniques ancestrales transmises oralement de mère en fille,
    on va réapprendre les motifs traditionnels,
    mais on va aussi faire évoluer cette dentelle, tant en ce qui concerne la technique que les motifs.

    En effet, cette dentelle très décorative, et extrêmement solide, était très prisée en France.
    Nombreuses étaient les expositions coloniales qui mettaient en valeur "l'art indigène" et montraient les bienfaits de ces institutions religieuses et caritatives qui permettaient la survie d'un artisanat local.

    Mais il n'était plus possible de la travailler comme autrefois directement sur la pièce à laquelle elle était destinée.

    Il fallait arriver à travailler la dentelle séparément afin qu'elle soit envoyée chez les marchands de dentelle parisiens qui pourraient ensuite les assembler ou les utiliser en incrustation pour l'habillement, mais aussi et surtout pour en faire des tours de napperons, de mouchoirs, des dessus de piano, etc.




    On eu alors l'idée de monter sur le coussin deux petites chaînettes, et la dentelle sera travaillée entre ces deux chaînettes comme elle était travaillée entre les deux lisières des tissus autrefois.














    Sur le dessin de droite, vous voyez le principe de la Chebka:
    on réalise un premier rang entre les deux lisières, puis un deuxième rang qui vient s'accrocher au premier par des boucles, et ainsi de suite.
    En "sautant" plusieurs boucles, on peut ainsi réaliser des ajours.






    La Chebka était donc pratiquement toujours travaillée en bandes,

    mais il est possible de travailler plusieurs bandes en même temps comme le montre cet échantillon.


















    L'examen attentif d'un napperon en Chebka permet de distinguer les différentes bandes, travaillées dans des points de fantaisie différents.
    Parfois ces bandes étaient travaillées ensemble, mais , pour obtenir un plus grande largeur, elles pouvaient aussi être cousues.
    Pour les angles aussi, vous remarquez que les bandes sont tout simplement coupées et cousues à angle droit.

    (Sur la photo en tête de l'article, vous voyez par contre un angle cousu en diagonale)





    Sur cet autre exemple, volontairement photographié à l'envers, vous voyez bien la couture toute droite aux angles.

    Une dentelle à l'aiguille,
    aux motifs généralement assez denses
    Des motifs géométriques, des zigzags, des carrés, des losanges...
    Et surtout cette successions de bandes contiguës, plus ou moins larges

    Autant de signes distinctifs de la dentelle Chebka traditionnelle
    .




    Mais pour répondre à la demande grandissante de la clientèle française,  les ouvroirs tunisiens devront se mettre à faire des bords dentelés et non plus droits, des petits motifs d'incrustation parfois figuratifs, ou bien réaliser des cols,  des bavoirs, des angles de mouchoirs aux angles composés et non plus cousus ....

    bref, il va falloir renoncer à faire uniquement des entre deux,
     fini la petite chaînette toute droite !

    Les enseignantes de ces ouvroirs vont alors introduire les méthodes de la dentelle à l'aiguille européenne

    On va remplacer la chaînette par un simple point de bâti cousu sur du papier kraft.
    La dentellière s'accrochera à ce point de bâti comme elle le faisait sur la chaînette.
    L'avantage étant que ce point de bâti peut être droit, mais peut aussi très facilement épouser les contours de forme variées







    Sur cet exemple, on voit un tour de mouchoir encore fixé à son papier kraft par son point de bâti.

    La dentelle est toujours à base de bandes juxtaposées aux motifs variés, mais les angles sont travaillés en même temps, en intégrant ce motif d'étoile qu'on trouve souvent dans la dentelle Chebka.

















    Même pour continuer à faire des bandes, les dentellières vont souvent abandonner le coussin pour  ce système du papier kraft .
    Su la carte postale ancienne de la maison Lavigerie à Carthage que je vous ai montrée plus haut, vous aviez peut être remarqué que les petites filles n'ont plus de coussins,
     elles ont généralement un carré de papier kraft comme celui du mouchoir ci dessus.

    Par contre la petite fille en robe claire au centre travaille une dentelle au mètre sur un long papier kraft enroulé comme celui que je vous montre







    Un gros plan permet de voir le travail en cours, et le mélange amusant des techniques :
    On a trois bandes contiguës
    La bande centrale s'accroche sur deux traits en point de bâti, alors qu'aux extrémités, on retrouve la chaînette.







    Sur la photo du bas, on voit un coussin traditionnel ....
    mais la dentellière travaille sur du papier kraft avec des points de bâti.

    Peut importe la technique pourvu que la dentelle soit belle, n'est-ce pas ?




    A noter que cette dentelle a été aussi réalisée dans d'autres pays, comme le Maroc et l'Algérie bien sûr, mais les soeurs missionnaires ont aussi enseigné la technique dans plusieurs pays d'Afrique noire par exemple.










    Photo1= L'illustration du costume de Monastir est tiré de magnifique ouvrage "Les costumes traditionnels féminins de Tunisie" édité par la Maison tunisienne de l'édition.

    Photo 2 : détail d'un tableau ("Chebka") du peintre tunisien Abdelaziz GORGI
    Sur un  numéro (je vais rechercher lequel) de la revue "La dentelle" publiée par le centre d'enseignement du Puy, vous verrez une autre dentellière travaillant la chebka.

    Les photos 3 et 4 ont été prises dans le petit livret "Chebka dentelle arabe" écrit par les Soeurs Blanches de Notre Dame d'Afrique. Collection Cartier Bresson

    L'illustration 5 est extraite de l'ouvrage "dentelles algériennes et marocaines" par Prosper Ricard.

    Les dentelles photographiées font partie de la collection de Sylvie.

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  • Il y a quelques années, dans une brocante, j'ai trouvé
    le classeur de "Michèle G...."

    C'était son classeur de cours de couture de classe de 4ème, en l'année scolaire 1956-1957.

    La plus grande partie du classeur est consacrée aux exercices classiques de couture, ourlets, boutonnières, reprises;  mais aussi points de broderie, montage des dentelles, smocks, etc.
    Ils sont très bien présentés, même si côté réalisation .... je ne pense pas que Michèle ait fait une grande carrière à l'aiguille par la suite   mais le travail n'en est que plus charmant


    Aujourd'hui, je voulais vous faire découvrir le dernier chapitre de ce classeur,
     la cerise sur le gâteau ,
    plusieurs pages consacrées

    au Pliage du linge de maison.







    Il y a par exemple toute une page consacrée au différentes façons de plier les mouchoirs,


    il y a plusieurs pages (dont celle ci à gauche) consacrées aux torchons et au linge de table, au taies d'oreillers.

    Et il y a même cette page que vous voyez en bas, pour les draps !

    Le pliage du drap a été fait trois fois,pour bien montrer les différentes étapes.

























    Michèle a dessiné sur du papier de soie des mouchoirs, des nappes, des serviettes, des torchons et des draps.

    Elle a dessiné aussi avec application les rayures des torchons, les jours et les broderies sur les mouchoirs, le linge de table, les taies d'oreiller, elle a même découpé les bords de certaines pièces pour matérialiser des franges.

    Chaque petit morceau de papier de soie a ensuite été découpé, plié avec soin comme on le ferait avec la véritable pièce de linge, puis collé sur les feuilles cartonnées du classeur.

    Mais il est possible de tirer légèrement sur chaque petit modèle collé pour qu'il s'ouvre, nous permettant ainsi de voir la technique du pliage.




    Les petits poissons d'argent sans doute ont un peu grignoté certains modèles, mais la grande majorité est en bon état,
    et inutile de vous dire le plaisir qu'on a à tirer délicatement sur le papier pour voir s'ouvrir les pliages.


    Je vous propose de le faire ensemble sur quelques pliages du classeur,

    et d'abord sur ce simple torchon à rayures.










    Ici un petit mouchoir dont j'ai cru d'abord naïvement qu'il était juste plié en quatre ....




    que nenni,

     











    il s'agit d'un grand mouchoir d'autrefois et il est plié en 16 !


    En haut un peu à droite, vous apercevez aussi un petit mouchoir de dame, plié spécialement pour bien mettre en valeur l'angle brodé.
























    Là, je vous montre d'abord la pièce de linge dépliée.

    Serviette de table ou taie d'oreiller ?
    je ne sais pas très bien, mais quoi qu'il en soit, il s'agit comme vous le voyer d'une pièce entourée d'un grand ourlet avec un jour échelle.

    Si vous la pliez par exemple tout simplement en 4, vous ne verrez le jour échelle que sur un angle

    .... dommage .











    Alors regardez comme le pliage a été étudié pour mettre en valeur la broderie,
    et surtout pour que l'ourlet à jours soit visible sur les 4 côtés!!!





    Il y a parmi tous ces exercices les pliages pour ranger le linge,

    mais aussi ceux pour le mettre en valeur.



    Ainsi ce petit tas de papier tout replié
    ...









    ...
    est une serviette qui s'ouvre comme un éventail qu'on va pouvoir déposer dans les assiettes des invités.



    Il y a plusieurs pliages décoratifs de serviettes, mais beaucoup ne seraient plus utilisables aujourd'hui

    c'est fou ce que la taille des serviettes de table a diminué en 50 ans !










    Encore un petit peu ?




    Admirez aussi ce petit triangle qui semble tout simple.

    Je n'ai pas osé le déplier jusqu'au bout de peur ne pas savoir le replier proprement par la suite, mais regardez ce que ça donne si je tire un peu ....

    Je me demande quelle est la pièce de linge assez longue pour permettre ce type de pliage ?




    Enfin, un dernier pliage décoratif pour serviette de table :il est tellement bien fait que je n'ose pas le défaire non plus, de peur encore de ne pouvoir le replier sans l'abîmer.










    Entre ce tableau de  Pieter de Hooch  de 1663 et le classeur de Michèle, il s'est passé 300 ans,

     mais il y a le même amour du linge propre, le plaisir sensuel qu'on a à le toucher, à le plier, à le sentir, à le ranger dans les armoires.




    Et en tout juste 50 ans .... pouf .... un petit coup de fer rapide, un pliage vite fait, au petit bonheur la chance, et c'est fini!



    Tout un art qu'on apprenait encore il y a  50 ans et qui se perd ....
    sauf chez les amateurs de beau linge ancien.

    Et je sais qu'il y en a beaucoup parmi vous,
    et que nous aimerions toutes pouvoir réapprendre ces gestes
    ... et surtout avoir le temps de les mettre en pratique







    Est-ce que Michèle se souvient aujourd'hui de ce qu'elle avait appris en 4ème ?

    Est-ce qu'elle plie toujours son linge comme elle l'a fait avec ses petits morceaux de papier de soie ?

    qui sait ?


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  • Quand une dentellière travaille un modèle de Cluny ou un modèle en fils coupés par exemple,
    si elle se fige tout à coup comme une statue de cire,
    sourcils froncés,
    yeux écarquillés
    .... 

     

    il y a de grande chance qu'elle soit devant ce type de situation :




    1 : croisement de 3 paires (fond malin)
    2 : croisement de 4 points d'esprit
    3 : croisement d'une corde et de 2 roulottés (ou 2 ganses par exemple)
    4 : croisement de 2 paires et un roulotté en entrée, qui donnent 2 point d'esprit et une corde en sortie
    5 : Croisement d'une corde, une paire, un roulotté et un point d'esprit en entrée, qui donnent 2 points d'esprit, une corde et 2 paires en sortie.
    Et on pourrait multiplier les exemples à l'infini


    Et  oui, une dentellière normalement constituée sait parfaitement bien croiser 2 éléments
    (2 paires, 2 cordes, 2 points d'esprit, 1 point d'esprit et une corde, etc)

    Mais dès qu'on lui demande de croiser plus de deux éléments, c'est un peu la panique ....

    Alors si ça vous arrive,  reprenez vite vos esprits avant que votre entourage n'éclate de rire devant votre mine déconfite, et souvenez vous que vous avec une arme magique pour ce type de situation : 

    le croisement en étoile


    A partir du moment où vous avez plus de deux éléments (paires, cordes, points d'esprits, roulottés ....) qui se croisent au même endroit

    et/ou à  partir du moment où vous n'avez pas la même chose en entrée et en sortie (cas 4 et 5 par exemple)

    pensez au
    croisement en étoile





    Je vous avais déjà fait un schéma d'un croisement en étoile de 3 paires dans l'article sur le fond malin.

    Là, je vous propose de décortiquer ensemble un cas "tordu"
    J'avais pensé faire un exemple simple, suivi d'un autre plus compliqué, mais est-ce vraiment utile ?
    Si jamais ma démo directe sur le compliqué est ratée    vous me le dites, et on la refera sur un cas plus raisonnable.


    Donc voilà, on prend direct le dessin n° 5

    Voui voui !    même pas peur !




    Avant de commencer, petite précision : les dessins qui suivent sont faits fil à fil.
    Selon le code des couleurs, je devrais dessiner tous les fils en jaune.
    Pour plus de lisibilité j'ai mis d'autres couleurs .... mais c'est juste pour la bôôôté.

    J'ai donc 4 éléments en entrée : 
    une corde de 4,
    une simple paire tordue,
    un roulotté de 8 fuseaux
    et un point d'esprit.

    En sortie, j'aurai 5 éléments :
    2 points d'esprit,
    une corde de 6,
    et deux paires .


    Pour faire un croisement en étoile, il y a deux étapes, avec deux manipulations et deux raisonnements  tout à fait différents :
    AVANT l'épingle ou on travaille de gauche à droite
    et APRES l'épingle où on travaille de droite à gauche

    Avant de commencer un croisement en étoile, il faut commencer par faire le ménage sur son coussin et n'avoir devant soi que  les éléments qui vont faire partie de la fête.
    C'est tout bête ... mais essentiel quand on apprend ce point.




    1er partie : AVANT l'épingle


    Je prend d'abord uniquement les 2 premiers éléments de gauche : la corde de 4 et la paire tordue.
    J'écarte les reste .

    Je sépare chaque élément en 2 paquets de fuseaux égaux.
    La corde va me donner deux paquets de 2 fuseaux, que je travaillerai ensemble, comme s'ils ne faisaient qu'un
    La paire me donne deux "paquets" de 1 seul fuseau.

    Je fais  Croiser  Tordre



    Je regroupe le tout  en 2 paquets de 3 fuseaux qui seront travaillés ensemble comme s'il s'agissait d'un seul fuseau.

    Je ramène l'élément suivant, le roulotté, que je sépare en 2 paquets égaux de 4 fuseaux.

    Je fais  Croiser  Tordre  avec mes 4 paquets de fuseaux



    Je regroupe l'ensemble en 2 paquets de 7 fuseaux

    Je récupère mon dernier élément, le point d'esprit, que je sépare en 2 paquets de 2 fuseaux.


    Je fais encore Croiser Tordre avec mes deux paquets de 7 et mes deux paquets de 2. (*)

    (si j'avais d'autres éléments, je les ramènerais ainsi un à un.  Il n'y a pas de limites à un croisement en étoile !)






    On est bien d'accord avec le raisonnement de la première partie ?
    Je fais CT avec les 2 premiers éléments de gauche,
    Puis je ramène un à un chaque élément supplémentaire et je fais CT.

    Bon, maintenant, Je pose l'épingle au milieu.

    J'ai donc, de part et d'autre de l'épingle 2 paquets de 9 fuseaux




    2ème partie : APRES l'épingle


    Et maintenant je regarde le dessin et je me pose la question suivante :

    de quoi ai-je besoin en sortie, à l'extrême droite du croisement ?

    une paire ? c'est à dire 2 fuseaux.

    J'écarte donc 1 seul fuseau du paquet de droite
    et je prend 1 fuseau du paquet de gauche qui va Croiser tous les autres pour se mettre à côté de son petit camarade.
    ça y est, ma paire est constituée (je peux déjà la torde si je veux).


    Ensuite, de quoi ai-je besoin ? 

    une autre paire ?
    Donc à nouveau j'écarte un fuseau du paquet de droite, et je ramène à côté un fuseau du paquet de gauche


    Ensuite, de quoi ai-je besoin ? 

      une corde de 6 ? donc 6 fuseaux.
    J'écarte 3 fuseaux du paquet de droite, et je ramène à côté 3 fuseaux du paquet de gauche (*)


    et ensuite ?  un point d'esprit ? donc 4 fuseaux
    J'écarte 2 fuseaux du paquet de droite, et je ramène à côté 2 fuseaux du paquet de gauche

    et enfin ?
    un point d'esprit ? donc 4 fuseaux.
    ça tombe bien :  il me reste justement 2 fuseaux dans le paquet de droite et 2 fuseaux dans le paquet de gauche, j'ai donc tout ce qu'il faut pour mon point d'esprit.
     La vie est bien faite quand même ! 


    Je tend légèrement tous mes fils, et hop, j'attaque ma corde de 6 et mes points d'esprit (en serrant bien au démarrage pour que mon croisement soit bien net.






    Vous avez remarqué ? 

    les fuseaux bleus de ma corde de gauche en entrée sont tout à droite maintenant.

    Et inversement, les fuseaux verts de mon point d'esprit de droite en entrée .... sont bien dans mon point d'esprit tout à  gauche en sortie.

    Normal .... c'est pour ça qu'on appelle ça un croisement en étoile !




    (*)  vous avez des paquets de fuseaux qui doivent croiser ou Tordre d'autres paquets de fuseaux.
    SURTOUT ne les prenez pas en vrac dans la main  
    il faut que chaque fuseau reste à SA place au sein du paquet dont il faut partie, ceci afin qu'ils se croisent bien en étoile.

    Donc quand vous devez croiser 7 fuseaux comme s'ils n'en faisaient qu'un ,
    vous devrez vous y prendre en plusieurs fois,
    ou les prendre bien à plat avec les deux mains,
    et les reposer bien à plat.








    On pense spontanément au croisement en étoile quand il s'agit du coeur d'une rosace, mais il s'applique à plein d'autres cas de figure (et pas seulement dans le Cluny d'ailleurs).

    Regardez par exemple le dessin juste au dessus : deux point d'esprit viennent s'accrocher sur une épingle du pied.
    Y a un truc pour faire ça .... mais imaginons que  vous ne vous en souveniez plus.

    Soit vous allez fouiller dans vos livres et cahiers, soit vous attendez le prochain cours de dentelle pour demander,

    soit .... vous vous dites la chose suivante :

    J'ai ma paire de voyageurs et 2 points d'esprit, donc 3 éléments qui se croisent au même point ....
    Alors pourquoi ne pas faire un croisement en étoile ?


    Mais oui, vous pouvez aussi appliquer le principe du croisement en étoile à ce cas de figure.

    je le dis et je le répète, tant pis : quand vous êtes embêtées, demandez vous toujours si vous n'êtes pas dans le cas d'un croisement en étoile.

    (seul petit bémol : attention, ce ne sera pas toujours possible si vous faites de la dentelle polychrome puisque dans ce cas par exemple, la paire de voyageurs du pied va repartir dans un point d'esprit et une paire de l'autre point d'esprit va devenir le nouveau voyageur du pied)




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  • Et oui, nous sommes le 11 Novembre

    quelle meilleure occasion pour vous proposer un petit billet sur la dentelle de la guerre 14-18 ?



    Et pour illustrer ce type de dentelle, voici un napperon belge typique de la production de cette période, production à qui l'on va donner un nom :

     War Lace 
    ( dentelle de guerre )



    Nombreux étaient les ouvrages de propagande pendant la première guerre mondiale.
    Tout le monde se devait par exemple d'avoir son mouchoir imprimé ou brodé sur un thème patriotique.
    La dentelle ne va pas déroger à cette règle.



    Bien avant la guerre déjà, en Belgique comme en France, l'industrie dentellière ne devait sa survie qu'à quelques firmes renommées, et surtout à de nombreuses associations et fondations (exemple) dont le but était de trouver de nouveaux débouchés à la production dentellière, de transmettre les techniques en ouvrant de nouvelles écoles, de chercher des créateurs pour proposer des dessins nouveaux, etc.

    Ces mêmes associations vont beaucoup aider les dentellières pendant la première guerre mondiale, avec des parrainages prestigieux et des financements d'états, comme par exemple "la Dentelle Belge" fondée par la reine Elisabeth de Belgique, et qui va permettre entre autre d'ouvrir aux dentelles belges le marché américain .

    Et les américains vont s'enticher de ces dentelles, de nombreux bienfaiteurs outre atlantique vont aider les dentellières belges, leur procurant les fonds nécessaires pour leur permettre de continuer leur travail, d'acheter leurs fils, mais aussi tout simplement pour leur permettre de survivre, de se procurer de la nourriture.







    Pour vendre sur ce marché américain, et aux pays alliés très demandeurs d'iconographie patriotique, les dentellières belges vont fabriquer de nombreux petits "souvenirs" comme ce napperon au point de Paris .

    Il représente les symboles des grands pays alliés :

    le lion belge,
    le coq français,
    la licorne anglaise
    et l'ours russe

     (ours qui indique que la dentelle est sans doute antérieure à 1917, cet ours ayant été peu représenté sur les dentelles après la révolution russe).






    Certaines de ces War Lace furent des pièces exceptionnelles offertes en remerciement à des institutions ou organisations officielles.
    Exceptionnelles pour leur qualité technique .... mais pas toujours pour leurs dessins sur lesquels on retrouvait par exemple  souvent l'effigie des différents chefs de gouvernement alliés (en témoigne ce grand napperon à l'aiguille).
     

    Mais la plus grande partie de cette production de guerre fut bien sûr une production commerciale bon marché et de piètre qualité, mais qui permettait aux dentellières, et aux écoles aussi, de survivre
     ...n'etait-ce pas là l'essentiel ?






    Si le modèle le plus connu est donc ce modèle au point de Paris, à Grammont, ville belge spécialisée dans la dentelle de Chantilly en soie noire, on travaillera aussi beaucoup de war lace.

    Ainsi Martine Bruggeman dans son livre "l'Europe en dentelle" raconte  que "le comité de la Croix Rouge commandait des modèles déposés en dentelle, ceux ci étant ensuite vendus au profit des victimes de la guerre. La soie faisant défaut à la fin de la guerre, le Chantilly et la Blonde furent réalisés en coton".














     

    Ici, vous pourrez voir un grand carré sur le même thème que le napperon, avec en plus l'aigle américain .




    Et pour finir, un petit exercice : avez vous trouvé où se trouve l'aponce sur le napperon ?














    Moi je la trouve pas trop mal faite (d'autant qu'elle est beaucoup plus visible sur la photo qu'en vrai !)
     la voici en gros plan, elle est juste au dessus de la ligne bleue.





    Et elle se trouve derrière l'ours 




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  • Année 1868

    Regardez comme elles sont belles  !
    dans leurs ravissantes tenues de bal, en grand décolleté, bras nus

    .....  en plein hiver !!!!


    Bon, là, ça va, elles sont au bal : une  polka endiablée et  quelques coupettes de champagne, ça fouette le sang et ça réchauffe.

    Mais à la maison, tranquilles,  comment faisaient-elles pour ne pas mourir de froid ?

    Pour le savoir,  j'ai feuilleté très attentivement ce  magazine de mode de 1868 et je vais vous donner tous leurs "trucs" afin qui vous ayez le temps de bien vous équiper avant que le froid n'arrive.

    Ca vous sera bien utile, car je ne sais pas si vous avez remarqué comme moi  que les magasins de vêtements, depuis quelques années, ne proposent plus que des chemisiers ou des petits t shirts légers, même en plein hiver . 
    Charge à vous de régler le chauffage sur 30° !
    Vive l'écologie !







    Tout d'abord, l'incontournable "Damart" de l'époque : la Camisole.

    Vous la tricoterez vous même bien sûr, " avec de la laine fine sur de grosses aiguilles de bois. Ce tricot forme un tissu élastique, et n'a besoin ni d'augmentations, ni de diminutions, pour prendre la forme du buste."

     Wahou ! moulante !
    et tellement charmante avec son petit  ruban à l'encolure !











    Pour compléter, vous pourrez aussi vous tricoter ce délicieux "petit caleçon pour dame".


    Voui ....  là, j'ai comme l'impression que je vais pas réussir à vous le faire porter,  non ?
    vous m'avez l'air super réticentes !

    Bon, tant pis, oublions le caleçon, d'ailleurs l'article précise qu'il est plutôt destiné aux "personnes très frileuses ou de santé délicate".






    Alors à la place, je vous propose ce très beau jupon au crochet.
    c'est mieux ?
    Je  vous explique en 2 mots : "ce jupon à pointe est fait au crochet tunisien, avec de la grosse laine blanche, et de la même laine rouge. Le bord inférieur a une garniture rouge et blanche"




    Vous voilà déjà bien protégée du froid.

    Quand on s'active, ça va, mais vous savez c'que c'est, quand on reste sans bouger,
    à lire ou broder,
    il vaut mieux enfiler un petit "Paletot de maison",
    aussi appelé "Veste coin de feu".




    Je vous propose deux modèles :



    Le premier Paletot de maison est très chic :


    "en cachemire violet, il est doublé de lustrine noire, brodé en perles blanches, crayeuses, et en ganse de soie, noire et blanche".




















    J'avoue cependant avoir un petit faible pour le deuxième,
    peut être moins élégant mais qui me semble plus chaud et douillet.

    "Ce paletot est fait en molleton-cachemire blanc, et brodé soit avec plusieurs couleurs vives, soit d'une seule teinte, noire, brune ou Havane clair".







    Pour combattre les petits vents coulis, je vous conseille de vous confectionner aussi une petite "Pèlerine", ou un "Fichu".




    La Pèlerine est un petit mantelet ne couvrant que le haut du dos et de la poitrine. 



    Le Fichu est une pièce de tissu souple (un lainage au crochet comme ici, mais il peut être aussi en dentelle ou  en soie), généralement de forme triangulaire, qui couvre le cou et les épaules (parfois aussi la tête s'il est destiné à être porté à l'extérieur). Il est généralement croisé sur la poitrine et souvent noué ou serré à la taille.


    Ça y est, vous avez de plus en plus chaud ?


    Ah ben non !  .... j'ai oublié notre point faible ..... nos pieds !
    Rien de pire que d'avoir les pieds gelés.


    ALors voici des pantoufles !
    Bien sûr, même les pantoufles, c'est à vous de les faire : "cette pantoufle est brodée de point russe avec de la soie d'Alger verte, légèrement ouatée, et doublée de lustrine verte piquée; la semelle est en liège; une ruche de ruban vert sert de garniture."





    Raffinées, mais pas très chaudes les pantoufles, aussi notre magazine nous propose-t-il  toutes sortes de modèles de chaussons, au tricot, au crochet, ou cousus en grosses toiles .

    Vous vous dites que vous allez échanger vos élégantes pantoufles contre ces chaussons ?

    Que nenni !

    Vous allez vous tricoter ces chaussons que vous enfilerez par dessus vos pantoufles !!!






    Je vous conseille de vous en tricoter plusieurs paires car les usages ne manquent pas. La revue précise que vous pouvez les porter aussi par dessus vos chaussures en voiture, en train ou à l'église, ou encore tout simplement au lit.

    (heu ... en train ou à l'église, non ... mais au lit ... même 141 ans après .... j'avoue que c'est parfois utile.
    Je sais pas si vous pouvez vous endormir les pieds gelés, mais moi, non !). 






    Si vous restez longtemps assise, n'oubliez pas de vous équiper d'une petite chancelière.

    Regardez ce tabouret-chancelière .... z'avez pas envie de glisser vos petits pieds dedans ?













    Voilà, maintenant, vous avez chaud de la tête au pied !

      la tête ! 

    Et oui, pour la tête, pensez à mettre votre bonnet de nuit.

    Regardez comme il est bien conçu : même vos petites oreilles seront protégées !




    Une collègue me racontait l'autre jour que son médecin lui avait conseillé pour ses maux de tête .... de dormir avec un bonnet de nuit !!!!
    (et on en fait d'ailleurs porter aux nouveaux nés)



    Voilà, j'espère que ce petit retour en arrière vous aura amusé(e)s.

    La camisole, le caleçon, le bonnet de nuit ... aujourd'hui on dirait que ce n'est pas "sexy",
    et pourtant,
    je les trouve charmante nos jolies dames de 1868, non ?



    c'est vrai qu'on n'est pas super élégantes dans les  bons gros pulls en tricot,
    mais qu'est-ce qu'on est bien !


     







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